Dimanche 17 décembre 2006
Et pourtant j'en ai ouvert des livres, comme on dissèque un corps . J'en ai déchiré des pages, comme on désosse un cadavre, j'en ai avalés des mots, comme on boit le sang chaud d'une victime fraîchement achevée... J'ai dévoré des yeux.
J'étais un Dieu, je ne faisais pas que consummer, je donnais vie, comme tout lecteur. Humbert Humbert, le héros de Nabokov disait justement : "J'ai besoin de toi, lecteur, tu nous imagines, car autrement nous n'existerions pas."
Je continue d'exercer l'un de mes droits les plus inaliénables: je lis! Et c'est la lecture qui m'offrit la première la liberté. Car un lecteur est né libre et doit le rester. Je lis et je relis les mêmes histoires, les mêmes passages, et leur histoire est éternelle, incolore, et infinie. J'appris qu'il était de la liberté de chacun de lire ou de ne pas le faire. J'appris que la culture était non-monayable, bien qu'elle soit l'un des plus précieux biens que je possède. Et je compris à quel point la lecture était une affaire privée, autant qu'elle concernait le plus large public. Depuis, fermer un livre pour moi est signe de pudeur.
Le voile que constitue la couverture accompagne souvent la douce chaleur d'une couette et le confort d'une position allongée...Je lis toujours dans mon lit. Bien sûr, il m'arrive de lire dans les transports, mais c'est une démarche moins confortable, et je reprend souvent cette lecture incommodée par les bruits de freins et de voix plus tard, chez moi. Mon cosmos, univers de création lectrice, c'est ma chambre. Depuis toujours.
Mais c'est aussi une petite librairie à Paris, où mon père me trainait quand j'étais petite, et dont je me souviens pour la chaleur rassérénante de son deuxième étage les samedis d'hiver. Je m'allongeais sur le lit adossé au "miroir de l'amour", curiosité locale que vous découvrirez quand vous y mettrez les pieds, et je repliais la couverture sur mes pieds en lisant les livres pour enfant, en attendant que mon père finisse sa déambulation du côté de la "bibliothèque", partie du magasin où les livres sont à disposition pour une lecture sur place, et en aucun cas pour un achat...Je le comprend bien, ces pauvres livres en lambeaux ne suporteraient pas le balottement des transports, ni le confinement d'un vulgaire sachet plastique.
Shakespear and Company37 rue de la bûcherie, Paris
Ouvert de midi à minuit
Pour parler anglais, c'est le top: on y trouve beaucoup de jeunes étudiants anglais, dont certains suivent une formation à La Sorbonne, comme le fit Whitman. C'est un paradis pour les yeux et les oreilles...Un véritable forum.
Pour s'y rendre,c 'est facile. En tournant le dos à la tour Saint-Jacques, passez le parvis de Notre-Dame, traversez, c'est rue de la Bûcherie, juste en face de la cathédrale.
Même si vous n'êtes pas interessés par les livres en anglais, faites-y un saut, il y a plein de choses à y découvrir. Conseil: Ouvrez-les yeux, regardez le sol, les murs, les coins sombres, vous serez étonnés du nombre de secrets de ce magnifique endroit!
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