Dimanche 25 février 2007
"Conquérir est notre Destin." Les liaisons dangereuses, Lettre IV


Nude, Vee Speers

 
La couronne de marguerites:
Je marche tranquillement dans tes pas, je me rapproche, le soleil illumine mon visage, et mes lèvres brillent pour toi. Une couronne de marguerites sur ma tête, du sable sur mes genoux, et les mains blanches comme les nuages.
"C'est elle!", te dis-tu. Je te regarde car tu me regardes, tu me vois comme tu te vois. Cette image, ce n'est plus moi, mais peu importe, parce que c'est toi. Tu sens ton coeur battre, je sens le mien tout court. Je suis la perfection de ton envie, de ton regard. Je suis blanche comme l'écran sur lequel tu projetes ton idéal. Et tu ne me vois déjà plus. Moi, je t'ai toujours vu tel que tu étais. Je sens la marguerite, je suis belle comme ta mère, douce comme la mère de ta mère, parfaite comme Eve. Et je n'ai déjà plus de nom. Il me reste celui que tu me donne: Seducere. Je te dis: "Ecoute", et tu entends.

Pourpre malgré lui:
Je parle, et chaque mot pénètre ta chair, déchire ta poitrine. Le sang coule à flot, comme mes mots glissent hors de ma gorge. D'un claquement de langue, je finis l'opération.
Je séduis, je pénètre sous ta peau, j'y grave mon image, mon empreinte illusive, et je la referme, comme pour en combler le vide.
Tu entends chaque son et tu le fais tien. "Tu es moi!", dis-tu. Tu regardes, mais qu'y a-t'il à voir au delà du mur blanc derrière moi? Et ton regard se perd dans le vague, tu ne vois plus rien. Tu t'arraches le coeur, que tu me tends "en gage"...En gage de quoi? Me voilà toute rouge à présent.

L'aliénation du sujet:
Je t'arrache à ta famille, à tes amis, à ta vie entière, Je t'arrache aux ténèbres de ton existence et je te fais entrer dans la lumière, celle des projecteurs de la pièce de ta conscience, dont tu as perdu la clé.
Tu fermes la porte, tu cimentes les fenêtres, tu te prives d'eau et de soleil. Tu meurs d'amour, d'envie, d'espoir, tu t'aveugles de mon illusion et tu aimes ça. Ma couronne de marguerites, tu t'en entoure les poignets. Il ne te reste que ça, et la caverne, vide, de ta poitrine.
Moi, je t'ai toujours vu tel que tu étais.
Pauvre créature au coeur spongieux, tu t'es donné, et tu t'es perdu. Et moi, je suis rouge maintenant... Je ne suis à personne, je suis Seducere, ou la conquête d'une image...



Par Eternelle - Publié dans : Culture
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